01/04/2026
En janvier et février, nous avons proposé aux assistantes maternelles qui le souhaitaient, un atelier sans jouets, autrement appelé « l’atelier du rien ».
Au total : une trentaine d’AM et environ 70 enfants ont participé à cette expérience, 6 groupes différents accueillis sur 3 matinées.
La salle d’accueil était complètement vide (sans chaises, sans tables, sans poussettes). Chaque atelier a duré environ 30 minutes de temps de jeu et 10 minutes de temps d’échanges par groupe.
En amont, les AM ont reçu de la documentation sur le positionnement professionnel a adopté lors de cet atelier : se répartir dans l’espace, éviter les échanges avec les enfants et n’intervenir qu’en cas d’urgence.
Pourquoi se répartir dans l’espace ? pour que les enfants soient aussi repartis dans l’espace et pour éviter les regroupements.
Pourquoi éviter les échanges et n’intervenir qu’en cas d’urgence ? Afin de laisser les enfants faire par eux-mêmes, développer leur imagination et leur créativité sans intervenir.
…………………………………………………………………
Voici les observations qui ont pu être faites par les éducatrices du RPE et par les assistantes maternelles.
Chaque enfant et groupe d’enfants étant différent, les observations sont également différentes pour chaque groupe.
Pour certains groupes, les enfants et les assistantes maternelles se connaissaient ; pour d’autres groupes ce n’était pas le cas.
Concernant 4 groupes d’enfants sur 6 : les enfants sont restés d’abord assis à côté de leur assistante maternelle. Puis un enfant s’est levé et les autres ont suivi. Nous pensions que les enfants « attendaient un spectacle ».
Pour les 2 autres groupes, les enfants sont allés directement jouer, même avant que les adultes s’installent au sol.
Nous avons observé que les enfants échangeaient davantage entre eux (échanges verbaux ou non verbaux) : des sourires, des caresses, des câlins, notamment des plus grands envers les plus jeunes. Nous avons également remarqué que les enfants étaient plus attentifs les uns aux autres.
Les enfants s’imitaient entre eux et jouaient plus ensemble ; des jeux avec le corps (grand déploiement des bras, des jambes, roulades, etc.). Tout l’espace était utilisé.
Pour les salles qui en ont, les enfants ont utilisé les miroirs alors que parfois en atelier classique ils ne sont pas utilisés.
Les assistantes maternelles ont pu se mettre en retrait et observer les enfants. Elles se sont senties plus en sécurité qu’en atelier ou chez elles (pas de jouet mis à la bouche ou pas de risque de tomber du parcours de motricité ou d’un porteur…).
A la fin de l’atelier, dès que les adultes échangeaient entre eux, le niveau sonore augmentait de façon significative.
…………………………………………………………………
Résultats du sondage transmis aux assistantes maternelles participantes (à la majorité) :
Avant l’atelier, les AM se sentaient curieuses et enthousiastes. Elles n’avaient pas ou peu d’appréhension. Pour 2 AM : les appréhensions étaient la crainte du désordre et du volume sonore.
Elles avaient certains questionnements avant de commencer notamment : comment les enfants vont-ils jouer sans jouets ? Quel sera mon rôle d’adulte ? Combien de temps cela peut-il durer ? Est-ce adapté à tous les âges ?
Pendant l’atelier, les AM ont vécu l’expérience très positivement.
Elles ont observé chez les enfants : plus d’imagination, de coopération entre eux et plus de calme. Deux AM ont observé de l’ennui au début et une AM de la bienveillance entre les enfants.
Concernant leur posture professionnelle pendant l’atelier : plus d’observation, de lâcher prise et le sentiment d’être d’avantage disponible.
Après l’atelier : il a apporté un nouveau regard sur le jeu libre, une autre confiance dans les capacités des enfants, une remise en question sur les pratiques et des idées à réutiliser au quotidien.
La moitié des AM compte réutiliser cet atelier dans leurs pratiques de façon occasionnelle pour des raisons organisationnelles ou d’adaptabilité du logement.
Les AM évaluent l’expérience comme très satisfaisante, la recommanderaient à d’autres professionnelles et souhaiteraient la renouveler.
« Concernant l'atelier de ce matin, je souhaitais vous remercier. C'était très intéressant de voir les réactions des enfants et de leur évolution dans le lieu. Ça remet bien l'enfant à sa place d'enfant qui est avant tout un être humain qui communique avec les autres. Ça m'a fait penser à nous autres adultes greffés à nos téléphones portables qui ne nous regardons plus ni n'échangeons avec des inconnus.
Et ça montre aussi qu'il n'y a pas besoin de 1000 jeux pour "occuper" des petits.
A refaire, j'aurai essayé de mettre des groupes d'enfants qui ne se connaissent pas, car cela a pu biaiser un peu leurs réactions... En tous cas, je pense que cela peut être intéressant de refaire l'expérience même régulièrement pour apporter une petite "pause" dans leurs journées tellement remplies. »
Anaïs, assistante maternelle participante.
…………………………………………………………………
Un nouveau regard sur nos pratiques professionnelles…
La participation à ces ateliers à naturellement permis aux assistantes maternelles et aux éducatrices de se questionner sur leurs pratiques professionnelles auprès des jeunes enfants.
Prendre le temps d’observer les enfants en train de jouer, d’interagir, de créer… nous a rappeler que l’observation est un outil de travail à part entière. Elle peut nous apporter des éclairages sur le comportement des enfants, sur l’aménagement de l’espace, sur la proposition et la mise à disposition des jeux. Toujours en suivant l’objectif de répondre à l’ensemble des besoins des enfants accueillis.
Le positionnement et la disponibilité (inactivité physique) de l’adulte « phare » dans la pièce d’accueil rassurent les enfants et leur permettent de se sentir en sécurité pour évoluer et s’éveiller dans l’espace.
Cette expérience suscite également la réflexion autour de la limite entre la stimulation et la surstimulation des enfants, de la quantité de jeux mis à disposition mais aussi de la place et du nombre de paroles adressées aux enfants.
N’oublions pas que des propositions d’activités et de sorties simples permettent le développement et l’éveil des enfants, et que le respect de son rythme et de ses besoins y contribue aussi pleinement.
Laissons-leur le temps de grandir, de se construire, de rêver et… de s’ennuyer !
Site créé en partenariat avec Réseau des Communes