14/01/2026
Ecrans, jouets électroniques, musique defond… Les ennemis du langage.
Retrouvez cet article publié dans la revue Parents.
L’environnement matériel et humain de votre enfant influence ledéveloppement de son langage. Certains éléments peuvent même lefreiner au point, dans certaines circonstances, d’entraîner un retard.Explications.
Louis, 3 ans et demi, fixe du regard les images qui défilent sur son petitécran. Au menu : un programme éducatif destiné à enrichir sonvocabulaire. Ce soir, ce sont les animaux de la ferme qui sont àl’honneur. Toutes les 7 secondes en moyenne, un animal apparaît,tandis qu’une voix enjouée d’enfant le présente : « La vache, meuuuuuh», « Le canard, coin coin », « le mouton, bêêêêêêêê »… Ce petit garçonest familier de la télévision. Depuis sa naissance, il lui a consacrébeaucoup de son temps et de son attention, 4 à 5 heures par jour enmoyenne. Et, quand il n’y est pas exposé, il tripote le téléphone de samaman et jongle parmi tous les jouets électroniques (éducatifs, pour laplupart) qui jonchent le sol de sa chambre. Malheureusement, malgréle volume considérable de programmes éducatifs qu’il a pu consommer,ce petit garçon ne parle toujours pas. Au contraire, son niveau delangage est nettement inférieur à celui des enfants de son âge. Pourautant, Louis n’est pas un cas isolé.
Des profils comme le sien, les CMP (Centre Médico-Psychologique) etles orthophonistes en croisent de plus en plus. Pourquoi un telengouement pour les programmes éducatifs ? « On ne sait pas tropquoi faire avec lui, quoi lui proposer, répondent ses parents. Onmanque de temps. Et puis, si des chaînes proposent ce genre deprogrammes c’est parce que c’est bien pour les enfants ! ».Contrairement aux idées reçues, aucun programme éducatif n’est encapacité, à lui seul, de développer des compétences langagières chez lejeune enfant. Une interaction avec l’adulte est indispensable.
Selon une croyance populaire, apprendre à parler serait aussi naturelpour un enfant qu’acquérir la marche ou la propreté. Comme si le petithumain était équipé pour parler, quel que soit son environnement. Or,en réalité, si aucun adulte ne prend le temps de parler à l’enfant, cedernier aura de grandes difficultés à parler lui-même.
La télévision rend l’enfant passif
Parmi les technologies accusées de freiner le langage des tout-petits, latélévision est en tête de peloton. La littérature scientifique estunanime : une exposition trop précoce et trop prolongée au petit écrannuit au développement du langage de l’enfant et appauvrit sonlexique. Pour un enfant âgé entre 8 et 16 mois, une heure par jour deprogramme télévisé dit « adapté aux petits » est responsabled’appauvrir le lexique à hauteur de 10%. Pour les enfants plus âgés, de2 à 4 ans, deux heures quotidiennes de télévision multiplient par troisla probabilité d’observer des retards de langage. La probabilité estmultipliée par six dans le cas des enfants âgés de moins d’un anexposés tous les jours au petit écran, même très peu de temps.
Du temps « volé » à de vraies conversations.
Comment expliquer de tels résultats ? Le temps devant le petit écranest du temps « volé » à des interactions réelles, ces dernières apportantdes stimulations humaines bien plus riches et bénéfiques audéveloppement du langage. D’ailleurs, certaines études ont mêmesouligné que le seul son de la télévision pouvait être délétère. Unetélévision qui reste allumée au sein d’un foyer réduit la fréquence et laqualité des échanges au sein de la famille. Happés par le fluxd’informations auditives et visuelles du petit écran, les parentssollicitent moins leur enfant. Ce dernier tend à entendre et à produiremoins de mots.
Les jouets électroniques appauvrissent les échanges et jouent« faux ».
Ils clignotent, lisent des histoires, comptent jusqu’à 10, jouent deschansons, récitent l’alphabet, parlent français, anglais, chinois,allemand, arabe… Malgré leur apparente polyvalence, les jouetsélectroniques ne sont pas plus bénéfiques au développement dulangage de l’enfant. Une étude publiée fin 2015 dans la revuescientifique JAMA Pediatrics a analysé 26 moments de jeux entre unparent et son bébé âgé de 10 à 16 mois. Trois types de jouets ont étécomparés : des jouets électroniques, des jouets traditionnels (un puzzleet un jeu de construction) et des livres. Leur verdict ? En présence d’unjouet électronique, les échanges entre l’enfant et l’adulte sont moinsfréquents et plus pauvres sur le plan lexical qu’en présence d’un jouettraditionnel ou d’un livre. L’enfant lui-même a tendance à moinss’exprimer et à demeurer plus passif. Par ailleurs, en plus debombarder l’enfant de stimulations, ces jouets offrent un spectreauditif pauvre et peuvent même présenter un risque pour la santéauditive des plus petits. La plupart de ces joujoux modernes jouent fort,« faux », et émettent des sons compressés et non nuancéscontrairement aux sons réels. C’est à l’occasion de la dixième Semainedu Son, en 2013, que des spécialistes ont dénoncé leurs méfaits.
La musique de fond parasite la compréhension des mots.
L’écoute de mélodies et de comptines peut être particulièrementbénéfique au développement langagier du tout-petit, à condition quecelle-ci soit ponctuelle et de bonne qualité (évitez les voixélectroniques). Or, lorsqu’une musique de fond tapisse l’espace sonoredu lieu de vie de l’enfant, l’effet devient contre-productif. Le très jeuneenfant ne parvient pas bien à filtrer les différents sons qui luiparviennent. Tous sont traités à la même enseigne : les mots que luiadressent ses parents, le ronronnement de la hotte aspirante, lacomptine « Les petits poissons dans l’eau, nagent, nagent, nagent… ».Ainsi, la musique de fond (même à un faible volume) vient parasiter lacompréhension des paroles que lui adressent l’adulte et entraîner unecertaine surcharge sensorielle, une fatigue auditive, au point de lerendre irritable et de réduire son envie de communiquer.
La tablette « interactive » ne propose pas de vraies interactions.
Ce n’est pas en compagnie du lapin anglophone et bavard de la tablettetactile qu’un tout-petit deviendra bilingue. C’est au cours d’interactionsavec un être humain que le petit humain apprend réellement denouveaux mots qu’il sera en mesure, a posteriori, de replacer dans lebon contexte. Lors d’un échange avec un enfant, spontanément, unadulte adapte le choix de son vocabulaire, module le ton de sa voix,reformule ses propos et n’hésite pas à répéter s’il s’aperçoit que sonpetit interlocuteur n’a pas compris. Aucune machine, aussi développéesoit-elle, n’est en mesure de proposer un tel accordage. Or, celui-ci estprécieux, voire indispensable, au bon développement du langage.
Comment préserver son langage ?
-Parlez avec votre enfant, en tête à tête, au minimum 10 minutes parjour, dans un environnement calme
-Privilégiez les jeux qui favorisent les échanges verbaux comme leslivres ou les puzzles
-Arrêtez la musique dès que votre enfant n’y prête plus attention
-Limitez au maximum son temps quotidien d’exposition à la télévision
-Eteignez la télévision pendant les repas, temps-clé de la journée où lesinteractions avec l’enfant peuvent être particulièrement riches
-Ne laissez pas la télévision en fond sonore
-Evitez d’exposer votre enfant à la télévision avant l’âge de 2/ 3 ans
Article rédigé par Héloise Junier
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